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Les auteurs examinent les écritures de 20 patients colligées durant les années 1995-96 et classées selon le DSM - IV comme appartenant à des hystériques avec différents troubles de conversion. Ils mettent en relief les signes graphiques et les syndromes tout en faisant une évaluation statistique du type de trouble de conversion qui les caractérise.
Dans le cours de l'histoire de la médecine, l'hystérie représente un chapitre à part et pourtant étroitement lié à presque tous les autres chapitres. Car pour chaque maladie ou syndrome ou symptôme qui a une correspondance hystérique, il y a également une tendance ultime à assumer quelques particularités inégalables.
Au temps d'Hippocrate, l'hystérie ne pouvait pas ne pas être une maladie organique auquel substrat était l'utérus qui, on ne sait pour quelle raison, "errait dans le corps" se fermait au niveau thoracique en causant les problèmes respiratoires connus. Janet, au 19ième siècle, préférait l'appeler psychasthénie, en mettant en évidence l'abaissement du niveau énergétique, étroitement physique, de l'organisme, qui en faisant obstacle au processus d'intégration des fonctions mentales amenait l'isolement des fonctions particulières qui, au prix de la survivance, manifestaient tout leur pouvoir dans la somatisation.
La psychologie classique en reprenant un tel concept d'isolement des fonctions en terme "d'épithimie" comme un mécanisme psychique facilitant le détachement d'un processus particulier d'énergie inconscient qui permet la prédominance de la fonction psychique isolée sur l'autre. C'est à Charcot que revient le mérite d'avoir mis en évidence dans sa "nosologie imaginaire" trois aspects fondamentaux de l'hystérie: l'induction transmise par l'induction hypnotique, la nature psychogénique et la particularité non obligatoire du sexe féminin, en mettant un terme finalement à l'erreur fantaisiste de l'utérus.
En termes psychanalytiques orthodoxes, l'hystérie fait partie de la névrose de transfert (Freud y inclut l'hystérie de conversion, l'hystérie d'angoisse ou névrose phobique et la névrose obsessive) qui viennent de traumas psychiques infantiles, distincts des névroses actuels (neurasthénie, hypocondrie) et des névroses traumatiques, qui viennent d'un trauma psychique actuel.
Le mécanisme de défense le plus efficace qui favorise l'hystérie, c' est le refoulement. Ce mécanisme amène une totale amnésie de la représentation oedipienne qui, en étant défendue, ne peut monter à la conscience. Numberg soutient efficacement que l'hystérie interromps la relation avec sa propre conscience. En conséquence de cela l'énergie psychique est détournée de la représentation refoulée et investit le moi corporel en donnant lieu à un symptôme somatique. L'hystérique matérialise sa propre pulsion en rendant la réalité et sa satisfaction sur son corps. Un Surmoi peu sévère facilite la somatisation et le théâtralisme.
Les considérations psychodynamiques les plus actuelles sur la personnalité histrionique mettent en évidence la demande particulière du type oral. Les comportements correspondants sont les implications émotives particulièrement intenses, les besoins de dépendance, les attitudes manipulatrices, les comportements de séduction et d'exhibition.
L'hystérie représente le prototype de la pathologie de type psychanalytique, le trouble psychique qui met le mieux en évidence le génie de l'intuition freudienne et qui, en même temps, dans le cours de l'histoire de la pensée analytique, a autorisé l'extension des concepts qui sont nés de son étude.
Des auteurs non psychanalystes sont également arrivés à des conclusions analogues. Il suffit de penser au psychiatre français Ey qui, dans son Manuel de psychiatrie de 1960, écrit à ce sujet: "L'hystérie est une névrose caractérisée pas l'inexpression (?) somatique de l'idée, de l'imagination et des affects inconscients."
Définition du trouble de conversion selon le DSM IV
Selon la définition récente du DSM IV, le trouble de conversion rentre dans les troubles de forme somatique qui comportent des symptômes injustifiés de déficits relatifs à des fonctions motrices volontaires et sensitives, qui pourraient suggérer un trouble neurologique ou médical général. A de tels troubles sont associés des facteurs psychologiques vu que le début ou l'aggravation des symptômes ou du déficit sont précédés par un conflit ou par un facteur stressant.
Le diagnostic du trouble de conversion peut être fait seulement après qu'une recherche médicale complète ait exclu une pathologie neurologique ou médicale générale. Si l'observation clinique révèle des symptômes de conversions autolimitant et de brève durée (maximum de 2 semaines chez les patients hospitalisés) et ne portant pas à une diminution ou mutilation physique, on ne peut exclure la possibilité que le patient ait une maladie neurologique avec des symptômes de conversion.
Les troubles de conversion ne correspondent donc pas à une altération anatomique ou fonctionnelle, et encore plus se manifestent selon les modalités avec lesquelles le patient "imagine" une maladie. Pour cette raison, les symptômes sont souvent incohérents, par exemple un "paralytique" extrême réussit à se mouvoir d'une façon inattendue dans l'acte de se vêtir.
On doit souligner qu'à la différence de la simulation et des troubles imaginaires les symptômes ne sont pas évoqués intentionnellement par le malade.
Le terme "conversion" dérive de l'hypothèse que le symptôme somatique représente la résolution symbolique d'un conflit psychologique inconscient, un tel symptôme atténuant l'anxiété et occultant le conflit procurant au patient un "gain primaire", mais le sujet peut, avec son comportement, obtenir également un succès utile, un "gain secondaire", dérivant de la fuite des responsabilités, des engagements, des sacrifices désagréables.
Sur la base de la nature des symptôme ou des déficits, on distingue:
1. Des troubles de conversions avec des symptômes ou des déficits moteurs (paralysie, hypothénie, difficulté à maintenir l'équilibre, la difficulté à déglutir, l'aphonie, la rétention urinaire.
2. Des troubles de conversion avec des liens épileptoïdes ou convulsifs,
3.Des troubles de conversion avec des symptômes ou des déficits sensitifs (perte de la sensibilité tactile ou de la douleur, la diplopie, la cécité, la surdité, des hallucinations de type souvent infantiles et combinées: visuelles, auditives, tactiles).
4. Des troubles de conversions avec des symptômes mixtes,
Le début de la maladie est en général aiguë et de la tendre enfance jusqu'à l'âge adulte, rarement avant 10 ans et après 35 ans. Statistiquement, dans la population en général, l'incidence de la maladie s'est vu quantifiée de 11 cas sur 100,000 jusqu'à 300 cas sur 100,000, d'où très variable.
La personnalité de ces malades en est venu à être considérée comme "une belle indifférence", soit en étant imperturbable en regard à la maladie, alors que prévaut un comportement histrionique et théâtral.
Suggestifs et instables, de tels patients montrent souvent des signes d'autres maladies psychiatriques, soit: la dépression plus grande, des troubles de personnalité histrionique, antisociale, de dépendance.
Nous allons parler brièvement du trouble de personnalité histrionique parce qu'il est très courant (environ 2-3% de la population).
Les caractéristiques essentielles d'un tel trouble de personnalité sont l'émotivité envahissante et excessive avec un comportement qui recherche l'attention. Un tel individu, souvent brillant et théâtral dans son mode de comportement, souffre d'un manque d'attention des autres. Toute raison est bonne, s'il est en compagnie d'autrui, pour attirer leur attention: adulation, vêtements recherchés, étranges, coûteux, comportement provoquant et séducteur même du point de vue sexuel: d'où la grande érotisation des rapports.
Leur caractéristique essentielle c'est avant tout la superficialité et un grand changement émotif.
Doués d'une éloquence impressionnable, mais privés de détails, ils expriment des raisons sans les supporter de faits concrets et d'une façon générale. Hautement suggestifs, ils sont fortement influencés par les autres et sont portés à reporter une confiance excessive, quasi magique, sur les personnes qui revêtent une force qui fait autorité.
Dans les relations interpersonnelles, ils ont de la difficulté à obtenir une véritable intimité émotive avec autrui: l'offrande affective est immédiate mais contenue; la recherche des contacts est effrénée mais les vraies relations sont fragiles et précaires. Sans s'en rendre compte, ils sont dépendants d'autrui et en même temps ils cherchent à les contrôler émotivement.
Ils deviennent dépressifs s'ils ne sont pas le centre d'attention et ils s'ennuient dans la solitude routinière: chacune de leur action est dirigée en vue d'avoir une satisfaction immédiate.
Chez de tels patients le risque de suicide est présent: parfois comme vengeance, il y un véritable chantage émotif dans les rapports avec autrui en les obligeant pour cette raison à s'occuper davantage de leur personne.
Méthode de travail:
Notre recherche est été menée à partir d'un échantillon de 20 patients hospitalisés ou dans un traitement ambulatoire dans le département psychiatrique de notre clinique au cours des années 1995-1996.
La méthode de travail a consisté à soumettre chaque patient à une épreuve d'écriture (copie d'un texte) mais seulement lorsque les conditions cliniques permettaient au patient d'avoir un contact avec les soignants et le personnel dans un climat de confiance et de tranquillité. Très souvent l'épreuve d'écriture a été faite le jour même du départ du département.
Les types de trouble de conversion sur les dit spécimens ont été relevés statistiquement et le résultat en est le suivant:
1. Trouble de conversion avec un déficit ou symptôme moteur: 10%
2 Trouble de conversion avec un lien épileptoïde: 50%
3. Trouble de conversion avec des symptômes mixtes et une tentative de suicide: 20%
4. Trouble de conversion avec des symptômes mixtes avec l'anorexie: 10%
5. Trouble de conversion avec symptôme ou déficit sensitif: 10%
Les expressions graphiques de l'hystérie:
Dans l'écriture des hystériques les caractérisiques les plus fréquemment rencontrées sont les suivantes:
1- L'ambivalence (Pulver): inclinaison variable, surtout dans les lettres affectives (affectivité inconstante, changeante), formes de liaisons mixtes (arcades et guirlandes), signes de l'arcade annelée (tracé filiforme stable).
2. Espace envahi à outrance, un signe soit d'un super-ego faible, soit d'un désir d'occuper de sa propre présence chaque espace disponible en s'imposant à l'attention d'autrui. Les masses graphiques sont souvent réparties d'une façon désharmonique avec la présence de blancs arythmiques, signe d'anxiété et d'angoisse et d'une mauvaise relation à autrui.
3. Direction des lignes: ascendante, descendante et sinueuse dans le même tracé graphique, fluctuante comme l'humeur distimique de ces sujets.
4. Une forme variée et polymorphe avec des ovales gonflées, ammaccature et télescopage, dilatation et renflement dans les ovales supérieures et inférieures, lettres à bâton, un signe de revendication phallique chez la femme. La difficulté ou plutôt l'impossibilité à maintenir la forme (polymorphisme) est en effet un signe non équivoque d'un superego faible qui caractérise ces patients.
5. La juxtaposition
6. La présence de guirlandes ensellées (Witkowsky) (réceptivité superficielle sans véritable participation), parfois comme signe unique distinctif utile pour classifier une telle typologie d'écriture.
7. La continuité est troublée par des arrêts dans le mot, avec de nombreux bris de liaisons (une pensée inconstante et troublée) et de fausses liaisons.
8. Parmi les "petits signes", on note: des majuscules dans le cours des mots (pour faire impression sur le lecteur), des élaborations séductrices, le "i" en anneau en signe de solitude du moi, le "t" et le "s" qui se contournent en signe de séduction ou en attitude de revendication, les finales sont contenues ou s'allongent en signe de frustration affective.
9. La rapidité la plus fréquemment rencontrée par nous a été l'écriture lente.
10. Le trait: la pression du trait est en général légère dans les troubles de conversion, fragile, souvent blanche, avec les bords secs.
Exemples d'écriture
Dans les exemples qui suivent sont brièvement rappelés les éléments d'anamnèse utiles pour la compréhension et l'interprétation des signes graphiques mis en évidence.
Il est évident que les écritures qui suivent représentent un échantillon forcément réduit des cas examinés.
Écriture 1
Cette écriture ambivalente, variable dans l'inclinaison, filiforme, spasmodique, aérée, rapide jusqu'à la dissolution, riche de nombreux bris de cohésion, appartient à un jeune de 28 ans, diplomate. Le patient tient, comme tous les hystériques, à apparaître très soigné dans son aspect physique en montrant une élégance vaniteuse et voyante. Soigné pour une dépression périodique qui survient avec une certaine fréquence à notre clinique psychiatrique ambulatoire. L'angoisse et le complexe d'infériorité (majuscules exagérées) lié à une vie sentimentale faite de rapports homosexuels et de prostitution qui lui permettent de vivre bien au-dessus de ses moyens réels, sont la cause de ses dépressions (lignes descendantes) périodiques qui l'affligent. De son histoire émergent également diverses tentatives maladroites de suicide (auto-mutilation), accomplies toujours en présence de quelqu'un d'autre prêt à intervenir.
Écriture 2
Cette écriture, qui est caractérisée par une prédominance de la zone moyenne qui dépasse les 4 mm, est celle d'une jeune femme de 36 ans, ménagère, diplômée mais qui ne travaille pas. La patiente rentre dans la catégorie de ceux qui à l'improviste sont saisis par une crise de type épileptoforme en reproduisant ouvertement les signes et les symptômes de la "grande hystérie". On voit également dans ce cas l'inclinaison variable des lettres affectives, les nombreux bris de cohésion, les majuscules exagérées, les élaborations séductrices du "t", qui correspondent à une volonté de se faire remarquer, à des humeurs variables, à une recherche constante d'attention et d'affection. "C'est un besoin de se faire valoir en réaction au sentiment de difficulté à vivre" (L. Klages) qui se traduit dans une conduite infantile (zone moyenne prédominante) de cette patiente.
Écriture 3
L'écriture appartient à une femme de 34 ans, ménagère, qui se présente avec une certaine fréquence à notre observation périodique pour des crises d'aphonie. Malgré de nombreux examens cliniques et spécialisés nous avons chaque fois démontré une totale absence de données anatomico-physiologiques, l'aphonie vient à se présenter chaque fois que des obstacles particuliers émotifs touchent la patiente.
Cas aussi évident et sérieux que ceux déjà examinés, nous confirmaons dans l'écriture les caractéristiques graphiques de l'hystérie: l'espace envahi à outrance, des juxtapositions avec des fausses liaisons dans une écriture spasmodique qui se caractérise également par une inclinaison variable des lettres affectives, les élaborations séductices du "t", la présence de plusieurs lettres déformées, une grande irrégularité de la hauteur des majuscules (impossibilité à maintenir son "image" pour une longue période), des cabossage, la polymorphie dans le sens des changements humoraux, de la "distimia" de base de la patiente.
La même patiente dans d'autres occasions d'hospitalisation a présenté des "sopore" qui reproduisent un état simili-comateux d'une durée d'environ 12 heures, ou "des attaques épileptiformes".
Écriture 4
Elle appartient à une jeune adolescente de 15 ans, étudiante. Nous reproduisons cette écriture pour son remarquable intérêt diagnostique auquel elle a soumis les soignants dans la recherche de la vraie nature du trouble mental. La jeune patiente présentait en fait un trouble de personnalité hystrionique caractérisée par une double personnalité, ce qui dans un premier temps a fait penser par erreur à un début de trouble psychotique.
Des deux personnalités, l'une est irréprochable, en recherche d'affection et d'attention de sa famille, avec un curriculum scolaire acceptable; l'autre est excessivement dépendante du "groupe" qu'elle fréquente, trop prompte aux rapports intimes, prête à faire des fugues à la moindre occasion et a déjà faite une tentative de suicide.
La jeune est venue à notre observation pour une présumée "cécité pour les couleurs" qui est devenue une cécité totale et de là successivement à un était de soporoso (sommeil?) d'où est venu l'histoire que nous avons rapportée.
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